Mes conseils pour se remettre d’un viol et aller mieux

10 Mai, 2021

Aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire sur un sujet tellement complexe à aborder… Pas parce qu’il est tabou. Pas du tout. Je suis sexothérapeute, et je suis constamment amenée à écouter et accompagner des femmes qui portent en elles un ou plusieurs traumatismes sexuels.

Pourrais-je t’aider depuis mon clavier, ne serait-ce qu’un tout petit peu, à te remettre d’un viol, d’une agression sexuelle ?

Je ne te connais pas. Pourtant je sais que certains mots font du bien. Alors je n’attendrai pas la fin de cet article pour te les dire : un jour, tu iras mieux. Tu es capable de surmonter cette épreuve. Et la force dont tu as besoin pour le faire est déjà en toi. À partir du moment où tu décideras de te reconstruire, alors ce n’est plus qu’une question de temps. 

Je crois que l’essentiel est dit. Mais si tu as envie d’explorer un peu plus en profondeur ce que j’ai à partager, alors installe-toi.

Un viol : qu’est-ce c’est ?

La définition légale du viol

Tu le verras un peu plus loin, la première étape pour se remettre d’un viol, c’est d’accepter le statut de victime. Vis-à-vis de toi-même. Et vis-à-vis de la loi.

Il faut que tu le saches, ce qui t’est arrivé est puni par la loi. C’est un crime, rien de moins. Et la définition du viol ne laisse aucune place au doute.

« Le viol est un acte de pénétration sexuelle commis sur une victime avec violence, contrainte, menace ou surprise (dans ce dernier cas, la victime est trompée par la ruse de l’agresseur).

Tout acte de pénétration sexuelle est visé : vaginale, anale ou buccale. La pénétration peut être effectuée par le sexe de l’auteur du viol, par ses doigts ou par un objet. » (source)

Je précise que tu peux avoir eu des relations sexuelles consentantes avec cette personne auparavant. Ce n’est pas parce que tu lui as dit oui une fois ou pendant des années, que cela lui donne le droit de réclamer ton corps contre ton gré. Si ton ou ta partenaire te force à avoir des relations sexuelles, alors il s’agit d’un viol. Et c’est tout aussi grave.

Un viol, ce n’est pas seulement un inconnu dans une rue la nuit, c’est ton conjoint, c’est quelqu’un que tu aimes qui n’écoute pas ton NON, qui va trop vite, qui insiste. Un viol, c’est aussi un rapport qui n’est “pas trop consenti”.

Un traumatisme ancré dans le corps et l’esprit

C’est important de mettre des termes et des définitions sur nos traumatismes. Pouvoir les nommer avec l’intellect est, je pense, une étape importante du processus.

Une agression sexuelle est un évènement violent qui a eu lieu à un moment donné. Et qui, en quelque sorte, continue de vivre dans le corps et dans l’esprit de la victime.

C’est quelque chose qui peut être enfoui au fin fond de ton âme. Quelque chose que tu portes en toi depuis des années. Ou au contraire, quelque chose de si frais que tu t’en trouves presque anesthésiée. Comme si tu ne sentais plus rien. Parfois au point de ne plus être sûre si c’est réellement arrivé.

C’est quelque chose de très personnel, on a chaqu’une notre expérience et notre définition corporelle du viol. Et je pense qu’il est important qu’à un moment donné tu puisses l’extérioriser.

Le viol vu par les autres : entre tabou et croyances limitantes

Enfin, le viol est également soumis au jugement d’autrui. Oui, parler de viol est tabou. Encore aujourd’hui, et dans un pays comme le nôtre…

La sexualité est taboue. Alors forcément, le viol est tabou.

Pour beaucoup de victimes, il y a la peur de ne pas être crue. Et c’est souvent le cas. Si ça t’est arrivé, sache que ce n’est pas de ta faute, tu n’es pas coupable. Un viol, comme un meurtre, c’est un des plus grands interdits de notre société. On nous a dit “TU NE VIOLERAS PAS”, ce qui fait que l’acte a été refoulé dans nos inconscients.

Alors quand on se retrouve face à une expérience de violence sexuelle, c’est trop gros, on n’y croit pas. D’autant plus en cas d’inceste, parce que dans ce cas, la famille porte la culpabilité de “nous n’avons rien vu”.

Enfin, sachant que nous sommes dans une société traumatisée, dans laquelle chaque être porte le poids de milliers d’années de répression de la sexualité… Quand une bouche s’ouvre et qu’on parle de viol… Ça renvoie chacun à sa propre histoire et à ce qu’il est prêt à voir ou pas…

 Se faire violer : les signes et les manifestations de l’abus sexuel

Si tu soupçonnes l’un ou l’une de tes proches d’avoir été victime d’un viol ou d’une agression sexuelle, il y a certains signes qui peuvent confirmer tes doutes. Ceci dit, rappelle-toi que nous sommes tous différents et que chacun intériorise et extériorise à sa façon.

Et si tu as toi-même été victime d’un viol, tu ne te retrouveras peut-être pas dans les signes et manifestations dont je parle ci-dessous. C’est tout à fait normal, encore une fois je le répète, chaque être réagit à sa façon. C’est parfaitement ok.

Le corps qui rejette

Il arrive qu’après un viol la victime ressente un dégoût extrême vis-à-vis de son corps. Comme mécanisme de défense, elle peut se couper totalement de sa chair. Parfois elle pourra même avoir la sensation que ce corps lui est étranger, que ce n’est pas le sien. Il arrive aussi d’avoir la sensation de vivre « à côté » ou « en dehors » de son corps.

Dans certains cas, la victime développe un sentiment de haine si fort qu’elle aura besoin de se faire du mal. Comme pour exorciser le traumatisme. Il ne s’agit pas forcément d’une tentative de suicide, les blessures sont généralement auto-infligées dans le but de sentir, sentir la douleur. On peut aussi retrouver des schémas de violence dans le couple, de troubles alimentaires notamment…

Bien souvent, la victime de viol aura beaucoup de mal à supporter le contact physique avec autrui. Il arrive que même le contact des vêtements la gêne. Toutefois il est courant que la victime ait besoin de cacher son corps sous plusieurs couches.

Ou au contraire, la femme ayant subi une violence sexuelle peut vouloir se prouver (consciemment ou pas) que tout va bien, et être hypersexuelle.

Les proches devront être patients. Malgré l’envie de rassurer la victime par un contact physique bienveillant, il vaudrait mieux lui demander l’autorisation, ou tout du moins, la prévenir.

L’esprit qui fuit

Tout ce qui se passe pendant un viol est fruit d’une réaction primitive, liée à l’instinct de survie. Le plus souvent, la victime se congèle complètement et subit l’acte. Le cerveau, face à une telle situation, choisit le plus souvent la fuite. Il se déconnecte, littéralement.

Il est extrêmement courant que le système nerveux reste bloqué en mode « danger ». Même si d’un point de vue extérieur, les choses semblent être revenues à la normale, l’esprit est en quelque sorte coincé dans cet espace-temps où il se sentait menacé.

De ce fait, il est parfaitement normal d’être à fleur de peau, d’avoir la sensation d’être sur une autre planète et d’avoir beaucoup de difficultés à se concentrer. Il n’est pas rare non plus d’expérimenter des flash-back, de faire des cauchemars ou de se sentir bouleversé(e) pour quelque chose qui en apparence n’a aucun lien avec rien.

Si je peux te partager mon témoignage… Je me souviens qu’à chaque fois que j’étais face à mon amoureux, j’avais des images en tête où je le voyais me frapper ou quand dans la rue, je croisais mon reflet dans une vitrine, je me mettais à éprouver un sentiment de panique…

Encore une fois, les proches devront être patients et surtout ne pas brusquer la victime. Éviter les stimuli que sont la télévision, les réseaux sociaux et internet pendant un temps n’est pas une mauvaise idée.

Le cœur qui se meurtrit

Enfin, le viol laisse également une profonde blessure dans le cœur de la victime. Des sentiments très négatifs émergent tour à tour : la culpabilité, la honte, la haine, l’injustice…

La victime s’en veut de ne pas avoir réagi si elle ne l’a pas fait. Ou s’accuse d’avoir mal réagi si elle l’a fait. Elle trouvera des milliers d’excuses et d’explications qui pointent en général vers la même conclusion : ce qui est arrivé est de sa faute. Et c’est souvent ce qui l’empêchera de parler. D’ailleurs il n’est pas rare de perdre l’usage de la parole.

Il arrive aussi qu’un sentiment d’injustice s’empare de la victime au point de remettre en question la légitimité de sa présence. La sensation de ne pas mériter de vivre. Ce qui déclenche des envies de suicide et un profond état de dépression. Des troubles de l’alimentation, de violentes crises de larmes, le refus de se lever, de vivre, etc.

 Se remettre d’un viol : les 4 grandes étapes de la guérison

Si tu es arrivé(e) jusqu’à cet article, c’est qu’une part de toi à envie de se remettre du viol que tu as subi. Je ne prétends pas t’offrir une recette magique de guérison. Je sais que c’est long, que c’est dur et c’est plus facile à écrire qu’à faire… et même qu’à lire. Mais puisque tu es là, reste donc encore un peu.

Accepter le statut de victime

Pour se remettre d’un viol, il faut d’abord accepter que tu as été victime d’un acte criminel. Ce n’est pas de ta faute. Le scénario que tu as vécu était le seul possible à ce moment-là. Les « et si j’avais » n’existent pas. Tu as été confronté à une situation extrême et sois sûre que tu as réagi de la meilleure façon qu’il soit. Tu n’aurais pas pu mieux faire.

  • Non, tu n’aurais pas pu te douter de ce qui allait se passer. Combien même tu étais en situation de faiblesse (consommation d’alcool, de substances), la faute est de celui qui en a profité.
  • Non, tu n’aurais pas pu davantage te méfier de cette personne. Les agresseurs sont souvent complètement « normaux » en apparence. Si tu ne t’es pas méfié.e, c’est parce que cette personne t’a manipulé.
  • Non, tu n’aurais pas pu mieux te défendre. Même si tu avais réussi à t’échapper, l’acte de violence aurait été commis. Personne n’a le droit de te forcer à faire quoi que ce soit.

Reconnaître son statut de victime envers soi-même, c’est la première étape. Pour arrêter de se meurtrir et de se faire du mal.

Un jour, lorsque tu seras prêt(e), tu peux avoir envie de porter plainte. Pour réclamer justice, oui. Mais aussi parce que cela renforce ta légitimité, envers toi-même et envers les autres. Être reconnu(e) victime aux yeux de la loi te permet de prendre conscience que ce qui s’est passé, ce n’est pas rien. C’est important, ça compte.

Mais ce n’est pas obligatoire. Tu peux avoir mille raisons de ne pas vouloir porter plainte et sache que c’est tout aussi valable.

Demander de l’aide

L’étape qui suit généralement pour se remettre d’un viol fait partie de la phase d’acceptation. C’est le moment où tu auras besoin d’en parler avec quelqu’un. Et peut-être de demander de l’aide, de manière plus ou moins explicite.

Il arrive pourtant que le premier réflexe ne soit pas de demander de l’aide. Mais plutôt de vouloir s’en sortir seul(e). Un sentiment de « devoir » surmonter cette épreuve sans l’aide de personne surgit. En réalité, plus que d’un acte de force intérieure, il s’agit encore une fois de te faire du mal… De manière subtile, tu te dis que tu ne mérites pas l’aide d’autrui. Ou que personne ne peut savoir ce que tu ressens.

Sache ceci : certains agresseurs sexuels se font aider par des psychiatres ou des psychologues. Tout le monde a « le droit » de recevoir de l’aide.

Seconde chose : bien sûr que personne ne sait ce que tu ressens et ce par quoi tu passes. Mais ça n’empêche pas que certaines personnes peuvent t’aider. Rien que par leur présence. Il peut s’agir d’un proche. Mais je me permets de te recommander un « professionnel ». Ne serait-ce que parce que cette personne est neutre.

Quand tu es dans le noir, c’est toujours rassurant de pouvoir prendre la main de quelqu’un…  

D’autant plus que les mécanismes psychiques du trauma font que la guérison passe obligatoirement par le présence d’une autre personne. Le viol est perpétué par quelqu’un et notre confiance doit être rétablie en présence d’un autre.

Affronter ses émotions

Vient ensuite l’étape où il va falloir que tu fasses sortir tout ça. Il arrive un moment où il faut que tu te débloque. Ce moment viendra lorsque tu l’auras décidé. Je ne dis pas qu’il faut te forcer. Mais bien sûr que, le plus tôt sera le mieux…

Si tu décides d’en parler à un thérapeute, selon sa spécialité il pourra te conseiller des exercices. 

Certaines personnes sont plus radicales et cherchent un moyen de faire sortir leurs émotions en pratiquant un sport de combat comme la boxe. D’autres auront besoin de s’isoler dans la nature, pour pleurer ou crier très fort.

Connecter le corps, l’esprit et le cœur

La phase pendant laquelle tu affrontes tes émotions s’apparente à une tempête. Parfois, elle est longue… Il y aura peut-être des jours où tu auras la sensation que tout va mieux. Que tu es plus légère ou léger. Et puis la seconde d’après, tu t’effondreras à nouveau. C’est normal.

Affronter ses émotions ce n’est pas comme… crier un bon coup et puis ça passe. Il va te falloir crier plusieurs fois ! On n’est pas habitué à le faire ni pour des petites situations de la vie quotidienne, alors il est normal que ce soit difficile lorsqu’il s’agit de se remettre d’un viol.

Pendant ce processus, tu peux pourtant te donner un petit coup de pouce. Encore une fois, un thérapeute pourra te guider de manière plus personnelle, mais sache qu’il existe des techniques qui aident à harmoniser ton corps, ton cœur et ton esprit. Ainsi aligné(e), il est plus facile de faire sortir ce qui doit s’en aller.

Quelques techniques sur lesquelles tu peux te renseigner : la méditation, les exercices de respiration, le yoga, certains massages, l’aromathérapie, l’acupuncture…

Se reconstruire après un viol : vivre avec sa blessure

Je te disais en début d’article qu’un jour, tu iras mieux. Je le sais parce que je connais des femmes qui l’ont fait, parce que je l’ai fait moi-même.

C’est un processus qui prendra le temps nécessaire. Mais crois-moi, comme un jour ta vie a basculé, un jour elle retrouvera son équilibre. Ceci est une phase, pas quelque chose de définitif. Non, tu n’oublieras jamais ce qui s’est passé. Cela fait partie de toi, c’est ta cicatrice. Et un jour, tu pourras la porter sans qu’elle ne te fasse mal.

Il existe mille façons de se remettre d’un viol. Et tu as mille opportunités de guérir. Il n’en existe pas une meilleure que l’autre. Je laisse ici à ta disposition un lien vers un programme que j’ai créé tout spécialement pour les femmes qui portent une cicatrice en elle.

Ce sont des petites aides qui peuvent te permettre de trouver un peu de douceur et de bienveillance. J’y ai mis des méditations et des pistes de réflexion qui pourront peut-être t’apaiser.

>> En savoir plus sur mon programme Libre et en Sécurité <<

 

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