Lutter contre la violence : faire-face et créer de la conscience

9 Juin, 2020

Dans mon métier, il arrive que j’ai affaire à des cas de violences domestiques. En tant que thérapeute féministe, en tant que femme, en tant que victime d’agression sexuelle, je suis particulièrement touchée par ce sujet. Et j’ai ma part de responsabilité pour que les violences faites aux femmes ne soient plus taboues.

Il est grand temps de lever le voile sur ce que subissent plus de 200 000 femmes par an. Aujourd’hui, j’ai donc décidé d’en parler et de partager avec toi mes conseils pour lutter et faire face à la violence.

Pour lutter contre la violence : accepte ton statut de victime

Non, tu n’es pas responsable

J’ai longtemps cru, et c’est d’ailleurs ce qu’on m’a enseigné lors de ma formation de naturopathie, que quand il nous arrive quelque chose, un accident, un incident, une violence, une agression, nous en sommes responsables.

Selon cette théorie, il y aurait une partie de nous qui aurait besoin de vivre cette situation, bien qu’elle soit parfois horrible. Une partie de nous chercherait à satisfaire un besoin de guérison à une échelle personnelle, transgénérationnelle, karmique.

L’idée ici est de pousser la victime à chercher les causes profondes de ses blessures pour qu’elles puissent cicatriser. Mais il y a un problème.

Cette croyance est hyper culpabilisante pour la personne qui a subi la violence ! On se retrouve à penser que tout est de notre faute… Et de ce fait, que ce n’est pas celle de l’agresseur.  

Personnellement, j’ai pris un peu de distance avec cette croyance. Lors de mon agression sexuelle, j’ai cru aussi que j’étais responsable. Je pensais que je l’avais cherché, que c’était de ma faute, que j’avais envie et besoin de vivre ça à un moment de ma vie.

Ce schéma de pensée m’a conduit à déculpabiliser mon agresseur. Et à endosser la responsabilité d’un acte criminel perpétué contre moi. Dans ces conditions, impossible d’accepter mon statut de victime. Impossible d’en parler. Et impossible de me pardonner.

Alors aujourd’hui, j’ai un message à te faire passer : tu es la victime dans cette histoire. Ce n’est pas à toi de porter le poids, la responsabilité, la culpabilité.

Tu n’es pas responsable de ce qui t’est arrivé. Tu n’es responsable que de ta guérison.

Reconnaître son traumatisme

Victime de violences physiques, verbales, morales, sexuelles… Dans tous les cas, il s’agit d’un traumatisme. Peut-être que ce mot te semble fort, ou au contraire, peut-être qu’il ne te parle pas. Il est vrai qu’il englobe beaucoup de choses. Cependant, c’est important de bien le comprendre : tu portes en toi un traumatisme.

Un traumatisme, c’est le résultat d’un choc (parfois plusieurs) au niveau émotionnel et/ou physique. Il y a eu une rupture au niveau de ton système nerveux. Et ce court-circuit, il va falloir le réparer sinon tu ne pourras jamais faire face à tes violences…

Tu n’es pas obligée d’affronter tes traumatismes toute seule. Comme je te le dis dans le prochain paragraphe, je t’encourage d’ailleurs à chercher de l’aide auprès d’un(e) thérapeute.Mais, avant de faire cette démarche d’aller vers l’autre, tu dois d’abord prendre conscience de ton traumatisme. Contrairement à ce que l’on croit, c’est beaucoup plus subtil que ce qu’il n’y parait. J’en parle un peu plus précisément dans mon article sur la physiologie du traumatisme, mais il n’est pas rare que la ou le traumatisé ait la sensation que « tout va bien, s’est passé ».

Demander de l’aide

Comme je te le disais à l’instant, pour lutter contre tes blessures et y faire face, je te recommande de faire appel à un(e) thérapeute. Je ne dis pas ça parce que je suis moi-même thérapeute. Et d’ailleurs, je pense que cette démarche est personnelle, je comprends que certaines femmes soient réticentes à cette idée.

Mais il faut savoir que le processus de guérison d’un trauma passe par la présence d’une autre personne. Ce n’est que comme ça que l’on peut rétablir un lien sain avec les autres… 

Après, selon la nature des violences auxquelles tu fais face, tu peux aussi avoir recours à un(e) assistant(e) social(e), quelqu’un qui sera adéquat pour t’écouter, t’offrir ce dont tu as besoin. Saches également qu’il existe un site web gouvernemental destiné aux victimes et aux témoins de violences sexistes et sexuelles : https://arretonslesviolences.gouv.fr/

J’ai personnellement appelé une ligne d’aide pour victime de violence sexuelle qui m’a sauvé dans une période vraiment sombre de ma vie.

Parler de ses violences, et mettre fin au tabou

Accueillir ses émotions, pouvoir hausser la voix

Comme je te le disais en introduction, je pense que l’un des moyens de lutter contre les violences est d’en parler. Mais pour pouvoir en parler sans te faire de mal, pour pouvoir faire passer un message fort et authentique, je pense que tu dois d’abord accepter tes émotions.

Ça peut être difficile de se dire « j’ai été victime d’un tel acte ». C’est trop dur de sentir la culpabilité, la honte, la salissure, la colère qu’on a contre soi. La colère contre le monde, contre la personne qui a perpétué cette violence.

Du coup, on préfère tout mettre sous le tapis. On se dit que ça passera forcément à un moment ou un autre… Oui, mais voilà, la guérison passe obligatoirement par le ressenti de tes émotions

Si tu te coupes de ton ressenti physique et psychique, tu te coupes de ton système nerveux. Or, c’est justement lui qu’il faut aller soigner.

Autorise-toi à vivre tes émotions. Si c’est de la colère, tape dans un coussin, crie, hurle, va courir, fais de la boxe. Si c’est de la tristesse, mets-toi en boule et pleure. Fais les choses qui te font du bien, mais accepte cette période.

Si tu ne sais pas comment t’y prendre, j’ai créé un programme tout spécialement pensé pour les femmes qui portent en elles une cicatrice, un traumatisme. Je t’invite chaleureusement à aller y jeter un œil 🙂

>> En savoir plus sur le programme Libre et en Sécurité <<

Parler pour créer de la conscience 

Très souvent on entend qu’il ne faut rien dire, surtout à ses proches.

Ça détruirait ton père, ta mère. Tu as peur de détruire ta famille et puis …c’est la honte ! Tu t’es fait battre, c’est la honte.

Je te comprends. Mais aujourd’hui, c’est important d’ouvrir la bouche et de dire non.

Non tu n’as pas à avoir honte. Tu ne dois pas avoir honte, car tu as été agressée, battue, violée. Tu n’es pas inférieure, car tu as subi ces violences, tu n’es pas responsable, tu n’as pas moins de valeur.

Parle, libère-toi, libère cette parole, le plus simplement possible.

Quand une personne bienveillante est prête à t’écouter, raconte-lui. Ça te fera du bien. À toi, à l’autre et à la société. Ces sujets doivent être moins tabous. Il faut enlever cette omerta présente sur ces sujets. C’est ce silence qui fait que c’est aussi douloureux.

Le sujet de la violence est tabou, comme le sexe, comme beaucoup d’autres sujets. Nous sommes dans la honte, la culpabilité, la colère contre soi. On se ronge de l’intérieur. On pense que nous ne sommes pas normales, que nous sommes la seule à avoir vécu ça.

J’ai envie de te dire NON. Tu n’es pas seule. Dans les chiffres officiels, 33% des femmes auraient vécu des violences sexuelles. Si tu redéfini violence sexuelle par une pénétration trop rapide, une fois pour faire plaisir, on peut monter je crois à 100%.

Nous sommes nombreuses à traverser cette épreuve. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler, de banaliser ce vécu, de briser le tabou de la violence. En effet ce n’est pas normal, mais c’est banal malheureusement. Je te donne cette validation, le droit de réagir, de ressentir ces émotions, de vivre, de survivre. Tu es normale !  

Ce qui est anormal c’est cette société, cette culture du viol qui se propage, de famille en famille, de génération en génération. Ça, ce n’est pas normal.

Témoigner : une façon active de lutter contre les violences

Il y a autre chose que tu peux faire qui peut à la fois t’être bénéfique et aider à lutter contre la violence faite aux femmes. C’est témoigner. Moi-même je l’ai fait, et je t’invite d’ailleurs à lire mon témoignage de viol si tu le souhaites.

Témoigner c’est dire aux autres femmes : à moi aussi, ça m’est arrivé. C’est dire : toi aussi, tu es une victime. C’est dire : c’est valide, ce que tu ressens. Et puis, c’est aussi le moyen de mettre des histoires sur des chiffres… Parce que oui, les statistiques font peur, mais ça reste des chiffres ! Ça reste quelque chose qui « n’arrive qu’aux autres », ça reste quelque chose qui n’a pas vraiment de forme, qui ne véhicule pas d’émotions ni de sentiments.

Faire face à la violence, c’est aussi pardonner…

Enfin, dernière chose que j’aimerais partager avec toi, c’est que faire face à la violence, ça veut aussi dire oser se pardonner. N’oublie pas de faire ce travail, c’est important.

Je pense que ce sera quand même intéressant de venir pardonner à l’autre à un moment donné. Ça te permettra de te défaire de cette colère, de cette salissure, de cette marque qui a été posée sur toi.

Avec le temps tu réussiras à te reconstruire. Tu ne seras plus dans la dépression, dans la douleur, dans ce marquage au fer rouge. Il faut laisser le temps. Accueillir ce qui est, vivre ces émotions, demander de l’aide.

Je peux te faire une promesse : un jour, ça ira mieux ! Je n’ai pas vu une seule personne dans ma courte carrière qui n’a pas réussi à aller mieux.

Il te faut du temps, travailler avec les personnes adaptées en apprenant à ressentir. Ressentir ce qui est, se poser dans ce ressenti. Je te promets que tout ça n’est qu’une phase. Il y aura peut-être un travail à faire sur le trauma, sur les émotions, sur la marque énergétique laissée sur toi. Mais je te promets qu’un jour, peut-être prochainement tu réussiras à revivre pleinement, à te sentir vivante, en sécurité. Tu te sentiras capable d’être qui tu as envie d’être, de vivre la vie souhaitée.

J’espère que ce message te sera utile. Tu peux t’abonner à ma chaîne YouTube pour retrouver mes vidéos, dont celle sur Le Pardon.

Prends soin de toi. À bientôt !

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  1. Faut-il pardonner ? • Camille Picazo - […] Je t’invite à me suivre sur ma chaine YouTube, et si tu le souhaites tu peux retrouver mon article…