Accouchement à domicile : récit d’une naissance à la maison

22 Mar, 2021

Quand je me suis découverte enceinte (c’est mieux que de tomber enceinte, non ?), je l’ai tout de suite su : je voulais un accouchement à domicile. Donner naissance à ma fille dans l’intimité de notre maison était pour moi d’une évidence réconfortante

Alors bien sûr, il a fallu que je surmonte mes peurs et mes résistances. Celles de mon conjoint et de ma famille aussi.

Allez, installe-toi, je te raconte l’histoire de mon accouchement à domicile.

MON ACCOUCHEMENT À DOMICILE : COMMENT S’EST DÉROULÉE LA NAISSANCE AU NATUREL DE MA FILLE ?

(Petit spoiler : tout s’est TRES BIEN passé !)

Lâcher-prise et perdre les eaux

Notre date d’accouchement était prévue pour le 12 février 2021, mais je savais que ce serait avant… 

En méditation, j’avais entendu « elle va naître le 2 février ». Et quand j’ai demandé confirmation, on m’a répondu « non, c’est pour le 28 janvier ». Bon, puis j’ai oublié, et je me préparais quand même à mettre notre fille au monde fin janvier. D’autant que notre sage-femme à domicile partait en vacances le 30 janvier …

Le 27 janvier, je le sens, ça arrive

Ce soir-là, je me balade dans ma campagne, sous la presque pleine lune.  Et je sens une intensité monter en moi. C’était une joie profonde. 

« Ça y est, j’y suis… » ai-je pensé. 

Le lendemain, vers 22h, je me réveille en sursaut avec cette même intensité, que je ressens cette-fois-ci dans le corps, de manière très physique (je ne saurais comment décrire cette sensation…). Et puis finalement je me recouche. 

Au petit matin, je suis hyper frustrée de ne pas avoir accouché. Je suis en colère et je passe toute la journée comme ça… Le jour suivant, je prends les choses avec un peu plus de philosophie, et je lâche en rigolant : « c’est bon, de toute façon, je n’accoucherai pas, je le sens »

Le 1er février, une amie est à la maison et la journée est douce, mais je suis dans une énergie bizarre… Comme si je me sentais fatiguée et endeuillée.

Le 2 février dans la nuit, je vais aux toilettes plusieurs fois. À 6 heures, je remarque qu’un peu d’eau coule entre mes jambes… Est-ce-que je perds les eaux ? Je ne suis pas sûre, alors je dis à mon amoureux de partir bosser. Je me rendors et quelques heures plus tard je l’appelle « Je perds les eaux, mais bon… tu n’es pas obligé de rentrer, c’est pas encore le moment… »

Avec le recul, c’est irréel, je ne captais pas du tout que j’étais sur le point d’accoucher … 

Patience est mère de vertu …

À 10 heures, mon amoureux arrive à la maison et il me trouve à 4 pattes sous la douche. 

Ça commence à monter, alors il appelle notre sage-femme de remplacement (l’habituelle était en vacances…). Elle râle un peu, elle est à 2h30 de route de chez nous et puis, nous n’étions pas vraiment prévus au programme… 

11 heures, ça devient intense. 

Je vis une contraction après l’autre …  Je flotte et je danse sur les vagues, à genoux dans le salon, tantôt appuyée sur le canapé tantôt sur mon ballon de gym. Pendant ce temps mon amoureux s’est chargé de transformer notre espace : piscine remplie, canapé déplié, tapis au sol, snacks, boissons, huile de massage, huiles essentielles, le tout sur un fond de musique douce… 

Je ne dis rien, je suis dans mon monde. Je respire chaque moment. Et je trépigne.

J’entre dans la piscine, puis j’en sors. Je m’allonge sur le carrelage froid. J’attends et je me décourage un peu. Alors je cherche mon amoureux du regard « c’est bientôt fini ? »  

Et là, merveille des merveilles, même s’il n’en sait rien… Il me répond « oui, c’est la fin là ».

Juste avant 13h, je vais aux toilettes et je prends peur : je perds beaucoup, beaucoup de sang. Je le montre à mon conjoint et lui fais signe d’appeler la sage-femme.
Elle arrive quelques minutes après, m’examine, je me rappelle avoir pensé « si elle me dit que je suis à 2 ou 4, je vais me décourager ». 

Et non, grosse surprise, je suis à 8. Je ne m’y attendais pas, c’est vraiment presque fini !

La naissance

Et puis, vient (enfin) le moment de pousser. Alors je pousse, je pousse. C’est tellement dur, ça n’avance pas. Je me décourage et je m’épuise. 

La sage-femme vérifie (c’est mon deuxième toucher de toute la grossesse pour la petite info pratique ;)), on stoppe tout. Il reste un petit bout de col qui bloque tout !

Tout d’un coup je sens l’appel de la piscine, alors je m’y glisse sans attendre… C’est bon, c’est si chaud et si apaisant que je m’endors… Pas pour très longtemps. 

À peine 10 minutes se sont écoulées et je me retrouve de nouveau à pousser. 

Je pousse, comme une bête, sans crier, mais avec intensité. Je ne sens plus vraiment mon corps, par contre je sens mon sexe s’ouvrir et brûler. 

Je pense en un éclair « putain mais elle va me déchirer la chatte !» tandis qu’on me prie de pousser encore, et encore « vas-y, la tête sort, c’est la dernière poussée » me dit-on … 

Alors je donne tout, je lâche tout et je ne vis que pour cette poussée. 

Ma fille sort en force, d’un coup et surprend tout le monde. Ils se précipitent pour la rattraper, j’entends « vite, vite, prends-la » juste avant de la sentir sur ma poitrine… 

À ce moment-là, plus rien n’existe et je suis comme déconnectée. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer. Mon bébé est né, il est sur moi. Et dans ma tête, en boucle : « c’est quoi ça, c’est quoi ça ? ». 

accouchement à la maison

 BILAN : QU’EST-CE QUE JE RETIENS DE MON PREMIER ACCOUCHEMENT À DOMICILE ? 

Donner naissance chez soi : c’est un cadeau

J’ai vécu un accouchement merveilleux. J’étais chez moi, dans mon espace, mon cocon. Pour tout vous dire je n’imagine pas un accouchement traditionnel. Je ne m’imagine pas vivre ce moment unique dans le milieu médical, sous une lumière froide et offerte aux regards de personnes qui entrent et qui sortent et  que je ne connais même pas.

En organisant mon accouchement à la maison, je me suis offert la plus belle des expériences. D’ailleurs, il n’est pas uniquement question de moi. C’est aussi le plus beau des cadeaux de bienvenue qu’on aurait pu faire à notre fille. Pour sa venue au monde, nous lui avons offert une atmosphère d’amour, douce et bienveillante. 

Je suis forte, incroyablement forte. J’ai confiance en moi et en mes capacités. Je ne fais pas forcément des choix mainstream compris par tout le monde. Mais je peux avoir confiance en cette petite voix intérieure qui me guide dans mes choix… 

Toutefois je comprends parfaitement que l’accouchement à domicile ne fasse pas écho chez toutes les femmes. Donner naissance est un acte si important, si chargé et si intense. Les peurs, les traumas et les incertitudes les plus profondes remontent à la surface. On se sent désarmée, impuissante.  

Ironiquement notre peur aura tendance à nous guider vers les techniques modernes, plutôt que vers les traditions ancrées en chacune de nous…

Accoucher : c’est fort et puissant

Si tu n’as jamais accouché, alors tu entends sans doute dire que « c’est horrible » et que « les douleurs sont insupportables ». Écoutes, moi je pourrais comparer les contractions à des règles douloureuses qui fluctuent… 

J’avoue que l’expulsion finale a été un poil violente dans sa rapidité. Je n’étais pas prête. Mais rien de très grave, deux petites déchirures. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la douleur que je retiens de mon accouchement à domicile, mais plus … L’intensité du moment, mon état de conscience modifié. 

J’étais pleinement là et à la fois complètement ailleurs. D’ailleurs il m’a fallu quelques minutes pour redescendre et comprendre. Il m’a fallu des semaines pour revenir vraiment à mon corps, et à l’instant.

Une chose est sûre, l’accouchement, ce n’est pas ce truc monstrueux dont on nous parle. C’est un cap, un passage, un rite initiatique. Je l’ai vraiment vécu comme l’épreuve du feu, le dépassement de moi-même.

 La naissance d’une femme

Naissance de ma fille, mais aussi naissance de la femme que je serai et que je suis

Je brûle mes croyances, mes peurs, je me reconditionne. En passant par ma matrice, ma fille nettoie et fait remonter les bagages dont il est temps que je me libère.

Cette naissance marque aussi le renouveau de ma sexualité.

Avoir accouché modifie la perception du corps, à tous les niveaux et à tous les états. Et puis, il y a ce jeûne de pénétration… Je me sens comme vierge. Je suis prête à ouvrir un nouveau chapitre de ma sexualité, sans doute avec moins de concession…

 

DONNER NAISSANCE CHEZ SOI : MES CONSEILS POUR QUE TOUT SE PASSE BIEN

Un accouchement à la maison : ça se prépare !

Ça va de soi, on n’accouche pas à domicile du jour au lendemain sur un coup de tête … 

D’abord j’avais un plan B. Au moindre souci j’aurai été à l’hôpital. Et puis, sur le plan psychologique, là aussi j’ai fait beaucoup de travail… 

  • J’ai appris à connaître et à comprendre mon corps, tout au long de ma grossesse. J’ai cherché à m’y connecter consciemment pour savoir ce qui s’y passait. 
  • J’ai aussi fait beaucoup de ménage, pour ne plus me trimballer mes traumas. Parce que je le sais : ce qui doit sortir va ressortir. Et d’ailleurs une petite couche de traumas est ressortie de mon accouchement. Travailler sur ses traumas est une veille perpétuelle … 
  • Et puis j’ai aussi fait un gros travail sur le lâcher prise. Pour être capable de me faire confiance, de faire confiance à mon partenaire, à la vie.  Si tu as des traumas non intégrés, tu mets tellement d’énergie à les contrôler et à les garder à l’intérieur, que tu ne seras pas capable de t’ouvrir et de lâcher prise.

Se préparer à accoucher à la maison demande beaucoup de foi et de confiance. Si on a des peurs, que l’on est anxieuse ou que notre partenaire n’est pas prêt à nous suivre, je crois que ce n’est même pas la peine…

L’autre jour, une femme enceinte me disait qu’elle préférait ne pas penser à tout ça pour éviter que les peurs ne remontent – justement ça n’aidera pas pour un accouchement à la maison, au naturel… 

Car pour que tout se passe bien il faut une seule chose : être sûre de son choix

Faire du yoga, écrire et méditer … 

Accoucher est en soi un vrai rite de passage dans la vie d’une femme. Accoucher chez soi ne fait qu’exacerber cette réalité : au moment de donner naissance, tu es seule avec toi-même. Et ça, ça fait peur… 

Mais la peur n’est pas là pour être ignorée. Elle est porteuse d’un message qu’on ne peut lire qu’en regardant cette fichue trouille bien en face. Personnellement écrire m’aide beaucoup. Je couche sur le papier tout ce qui me limite, tout ce qui me fait du mal. J’essayais d’être précise pour pouvoir les identifier, puis les surmonter. 

 La méditation m’a évidemment aussi beaucoup aidé pour calmer cette anxiété qui s’exprimait parfois dans tous les sens. Le dernier mois avant la naissance, je méditais au moins 3 fois par jour, c’est dire ! 

Écrire et méditer, je le faisais avant d’être enceinte. En revanche, j’ai découvert le yoga prénatal. J’en ai eu besoin pour apprendre à me laisser guider par mon corps. 

Je sais que certaines femmes font aussi de l’haptonomie, ou de l’hypnonatal. Mais honnêtement, avec le recul, je ne vois pas l’utilité pour moi.

 Le choix d’accoucher à la maison : assumez-le !

Beaucoup de femmes et de couples qui décident d’accoucher à la maison se heurtent aux mauvais augures de leur famille, des futurs grands-parents plus précisément. 

Je n’ai pas vraiment eu ce problème, car nos familles sont très ouvertes. Par contre, les peurs d’autrui, on les a quand même bien reçues… 

De la part des médecins, le peu de fois où nous avons été confrontés au milieu médical (écho qui finit à l’hôpital sans vraiment de raison…). Ou de la part de certains membres de nos familles qui n’avaient pas les mêmes vues que nous et pouvaient projeter leurs peurs sur nous. 

C’est normal. Et vous allez vous aussi devoir faire fi de toutes les remarques, questions rhétoriques et autres joies que quiconque fait les choses différemment doit affronter. 

Assumez, si on est au clair avec son projet, alors il n’y a pas de soucis. Certains couples préfèrent garder le secret jusqu’au bout pour cette raison… Dans tous les cas, une grossesse demande une bulle autour de soi pour se protéger des influences extérieures…

 L’accompagnement : choisir une sage-femme et une Doula ?

Toute la grossesse s’est déroulée comme n’importe qu’elle autre, à la différence près que nous avons été suivi par une sage-femme qui pratique l’accouchement à domicile, et donc complètement hors du système hospitalier (même si j’ai quand même été vu par une sage femme de l’hopital 4 jours avant l’accouchement pour créer un dossier au cas où…). J’ai aussi été accompagnée par une Doula, en visio, étant donné le contexte actuel. 

J’ai été suivi à partir du 4ième mois jusqu’à quelques semaines avant la naissance par une sage-femme. Et l’accouchement s’est passé avec une autre sage-femme. 

Quand on accouche chez soi, l’important est surtout d’avoir confiance en soi.  Personnellement je me sentais plus en confiance à la maison, cependant certaines femmes sont plus rassurées à l’hôpital. Et souvent, on a tendance à accorder beaucoup d’importance au choix de la sage-femme

C’est vrai que ce n’est pas anodin. Mais je suis bien la preuve que ça ne fait pas tout … Celle qui fait tout, c’est toi. Et la meilleure personne pour t’accompagner, c’est ton amoureux, ou une personne que tu aimes.

 

 LE MOT DE LA FIN …

Écrire tout ça … C’est fort. J’espère te transmettre cette force. 

Personnellement, je suis persuadée que toute femme peut accoucher à domicile si l’envie est là. Il faut un peu de préparation et surtout beaucoup de responsabilisation. Ça demande vraiment d’être inébranlable et de savoir au plus profond qu’on fait le meilleur choix pour soi et pour son bébé !

 

Avec tout mon amour, 

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