Camille Picazo

Faire l’amour autrement

En tant que femme cis genre, j’ai eu l’impression de traverser mes premières relations de couple (hétéro) et premières expériences sexuelles avec difficulté, douleur ou indifférence, mais jamais facilement, j’avais pourtant l’impression avec le discours ambiant ou ce que me rapportaient mes amies, que le plaisir, le désir étaient innés, instantanés. 
Comment faire l’amour autrement ?

Etat des lieux

Comment peux-tu t’ouvrir sainement à l’autre si tu n’es pas connecté à toi, à ton corps. Si tu n’es pas dans l’acceptation, l’amour et l’écoute de toi ?
Comment peux-tu aimer si tu ne t’aimes pas ?

Dans nos sociétés, où le sexe est omniprésent, les femmes souffrent d’une injonction à la jouissance, il faut jouir vite, facilement, proprement, le sexe est presque clinique.
Les hommes souffrent aussi de leur injonction : virilité, il faut bander dur et longtemps…
Nous avons cru à la libération de la femme, des mœurs et de la sexualité dans les années 70, mais la société de consommation, nous a poussé à surexposer les corps et le sexe, mais à en détourner le sens premier.
Comment faire l’amour autrement, sans être dans la performance, dans les injonctions ?
Nous avons l’impression de connaître les corps et l’anatomie des hommes et des femmes, car nous les voyons quotidiennement, mais nous ne les connaissons que de manière superficielle.
Et peu de personnes remettent en question ce qui est, peu de personnes cherchent à faire l’amour autrement.

Faire l'amour autrement

Plaisir et désir

Pour connaître du plaisir dans la rencontre à l’autre, il faut le désirer, avoir envie d’elle ou lui, avoir attendu, fantasmé la rencontre. Les premiers mois, voire années sont faciles avec la passion des débuts. Le désir est là, nous sommes encore dans la phase de découverte de l’autre, nous ne le voyons pas au quotidien, il comporte encore une part de mystère.

Mais au quotidien, avec la charge mental, nos boulots, nos vies pleines de stress. Le désir diminue. On pense moins au sexe, on oublie nos corps.
Il faut réapprendre le désir. En début de relation, on ne voit que l’autre, rien n’existe autour. Retrouvons ces sensations, prenons le temps de nous regarder, de nous écouter, de nous toucher.
Reconnaissons aussi les différences entre homme et femme (leurs désirs sont différents).

Mais aussi les différentes formes de désirs : on a cette croyance que le désir est inné. Je vois mon partenaire et instantanément, j’ai envie de lui faire l’amour. Pour certaines personnes, c’est le cas, c’est ce qu’on appelle le désir spontané, qui est interne. Mais dans la majorité des cas, nous répondons au désir de réponse, qui est externe : suite à une stimulation, j’ai envie de rapports sexuels.

Changer le contexte

Tu as sans doute du mal à ressentir du désir pour ton partenaire quand tu es coincée dans la routine du quotidien. Imagine. Le soir, après le travail. Tu es fatiguée. Tu viens de passer 1h dans les embouteillages. La maison est dans un état minable. Tu n’as rien à manger et le frigo est vide. Ton partenaire arrive en face de toi, as-tu envie de le déshabiller et de jouir sur la table de la cuisine ? Pas vraiment non.

Tout est question de contexte. Maintenant, imagine. Vous êtes en congé, dans un endroit paradisiaque. Tu t’es détendue toute l’après-midi, tu prends un bain à fleurs, entourée de bougies. Ton partenaire arrive, tu es bien plus disposée à poser tes mains sur son corps et à jouir de tes sens.

Je me souviens d’une soirée avec mon compagnon, nous avions simplement joué aux Questions qui font (re)tomber amoureux, nous avions créé un espace d’intimité, de confiance assez incroyable. Et ce genre de moments hors du temps boostent la libido et le désir de l’autre.

 Faire l'amour autrement

Faire l’amour autrement

Une fois le désir installé, on va passer à l’acte charnel et à la dimension de plaisir. Si les bases ont été correctement posées (amour de soi, connaissance de soi (théorie de l’anatomie et pratique masturbatoire)). Que notre partenaire nous écoute et nous respecte : le plaisir devrait être au rendez-vous.

Il ne faut pas oublier que pour une femme, le fait de faire l’amour est quelque chose de très intime. Elle va accueillir quelqu’un en elle, elle autorise le phallus à la pénétrer (quand il y a pénétration).
Mettez donc de la valeur dans vos corps. Notre sexe est un antre sacré, quoi de plus beau que ce lieu dédié au plaisir et à la création ? Apprenons à aimer cette zone de notre anatomie telle quelle est. Je suis révoltée d’entendre certaines femmes dirent que “l’épilation intégrale, c’est obligatoire si on veut être sexy ou féminine”… Nous sommes toutes uniques, toutes différentes, toutes belles. Ne nous laissons pas dicter notre corps par des modes ou des habitudes liées au porno.

On peut avoir envie de faire l’amour ou de prendre du plaisir ou désirer l’autre, mais il est important de sentir, de visualiser sa propre anatomie et d’apprendre à désirer l’autre en soi, apprendre à recevoir l’autre en soi. Il est généralement facile pour la femme (mère) de donner, mais moins de recevoir.

Malgré tout, il faut accepter que selon son cycle ou le cours de la vie, parfois, nous n’avons pas envie ou si nous avons envie, nous n’avons pas forcément de plaisir ou encore, on peut avoir envie dans sa tête et pas dans son corps….
Dans ce cas, respectons-nous, écoutons-nous, soyons capable de mettre des mots dessus et de ne pas nous forcer, au risque de vexer notre partenaire, si celui-ci n’est pas capable d’accepter un refus, c’est qu’il a un problème et non pas toi.
Je sais que certaines femmes vont préférer se forcer pour avoir la “paix” mais à quel prix ? Et sous le prétexte que monsieur insiste. Quand c’est non, c’est non, et si l’autre n’est pas capable de respecter votre refus, c’est qu’il ne te respecte pas.

La question du temps

Laissons du temps au temps. Le corps de l’homme et celui de la femme sont différents. Ils ne réagissent pas de la même façon : il ne faut pas appuyer sur les mêmes boutons pour actionner le désir/le plaisir. Surtout en tant que femmes, nous avons besoin de plus de temps. Un homme pourra avoir un orgasme en quelques minutes alors que la femme aura besoin d’en moyenne de 20 minutes. D’où l’importance de “préliminaires”, qui vont des baisers aux caresses plus intimes. Mais par pitié, mettez-y de la conscience, on ne suit pas les étapes d’une recette.
Ou de privilégier des pratiques non pénétratives.

N’hésitez pas à partager sur ce sujet qui me passionne, j’adorerai avoir vos retours, vos points de vu…
Et si tu as envie d’aller plus loin sur comment faire l’amour autrement, j’ai tourné une vidéo !

– arts de Georgia O’Keeffe

Faire l’amour autrement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut