Camille Picazo

Endométriose et sexualité

L’endométriose est une maladie qui affecte tous les plans de la vie. La vie personnelle, la vie amoureuse, relationnelle et sexuelle est particulièrement touchée. Il est difficile de se sentir désirable quand on a mal et que notre corps est un vrai champ de mines. Il est difficile d’éprouver du désir pour son partenaire quand on alterne opérations, pilules et douleurs. Il est difficile de se sentir femme quand on souffre d’endo…
Alors comment vivre une sexualité épanouie quand on souffre d’endométriose.

Une des manifestations de l’endo, c’est la douleur. Douleurs au rapport, douleurs à certains moments du mois, douleurs à l’orgasme, douleurs après le rapport.

Les pistes physiologiques

En se déposant à des endroits non-habituels, les cellules de l’endomètre risquent de développer des kystes ou des fibromes, elles créent des adhérences qui appuient sur les tissus alentours, crée une congestion, une inflammation. Ce qui entraine des douleurs et une irritation.
Ce phénomène peut expliquer en partie les problématiques sexuelles de la femme souffrant d’endométriose.

Sexualité endométriose

La faute aux traitements

(Attention, je ne dis pas de stopper les traitements)

On sait que physiologiquement, l’oestrogène est l’hormone du désir, à l’inverse la progestérone est plutôt inhibitrice du désir. Ce qui explique pourquoi les femmes sous pilule ont souvent des baisses de libido…

Les opérations diverses nécessitent également des temps d’adaptation, de guérison qui rendent la vie sexuelle plus compliquée.

L’image du corps

Quand on souffre d’endométriose ou de douleurs en lien avec la sphère gynécologique, il est bien difficile de se sentir femme, de se sentir sexy, de se sentir désirable, d’aimer son corps.

Et vous vous en doutez peut-être, mais un des fondements d’une sexualité épanouie, c’est l’estime qu’on se porte, l’amour qu’on porte à son corps.
J’aime mon corps, il est beau, il me donne du plaisir, je l’offrirai avec plus de facilité à mon partenaire pour vivre des instants de partir et de plaisir.
Par contre, si je déteste mon corps, qu’il me fait honte. J’aurai honte de me mettre nue, de me dévoiler, j’aurai toujours ces pensées dénigrantes dans mon esprit pendant la rencontre avec mon partenaire et bien du mal à me laisser aller au désir, à l’excitation.

Les causes culturelles

Je vais parler de la situation en France, ayant grandi dans ce pays, mais c’est la même chose dans beaucoup d’autres endroits.
En France donc, nous avons une éducation sexuelle très mauvaise. Le sexe est tabou. Quand on en parle à l’école, on parle de grossesse, de MST. On apprend à enfiler une capote et on voit une bite. Mais nous parler de rencontre amoureuse, de désir, de consentement, de plaisir… 0 !

Pour beaucoup de nos parents, la sexualité est secrète (Merci Rufo). (Petite parenthèse rigolote : je vous raconte la tête de ma grand-mère quand je lui ai proposais d’utiliser un oeuf de jade pour travailler son périnée. Lui parler tantra, ça passait, mais là, c’était l’oeuf de trop.)

Pour beaucoup, l’éducation sexuelle se fait donc dans la rencontre directement avec un partenaire ou par le porno, parfois en parlant avec les copains-copines.

Ce manque d’éducation est très très dommageable pour notre épanouissement sexuel, pour la connaissance de son corps et de son plaisir, pour la compréhension de nos pannes parfois.

Et je n’ai même pas parlé du poids de la religion.

Les solutions pour une sexualité épanouie malgré l’endométriose

  • Communiquer ! Il est important pour votre partenaire de comprendre ce que vous vivez, ce que vous ressentez. Il/elle n’est pas dans votre tête, dans votre corps, il/elle n’est pas cablé(e) comme vous. Il va falloir s’exprimer, mettre des mots sur un ressenti. Dire “Ici, j’aime. Ici, j’aime moins. Là, j’ai mal. Là, je ne sens rien. Exprimer ses désirs et ses besoins. C’est dur, je sais, j’en suis passée par là aussi. Mais ça s’apprend.
  • Ecouter son corps : certains jours, la pénétration sera ok, parfois ce n’est pas le cas. Parfois, il suffit d’attendre quelques minutes, de continuer à explorer ses sens et l’autre et soi pour en avoir envie.

Pour certaines femmes, les douleurs sont plus intenses au moment de l’ovulation ou des règles, ça laisse des temps où nous pouvons être plus disposées.

  • Faire autrement. Je vais démystifier un truc. La sacro-sainte péné. Et oui, la pénétration, c’est comme les antibiotiques, c’est pas automatique. Alors oui, on y tient, on a du mal à la laisser de côté. Mais aller explorer autrement, c’est chouette. Enlever cette idée qu’un rapport sexuel réussi c’est “préliminaire-péné-orgasme de monsieur (madame peut-être)”.

Faire l’amour autrement, c’est danser ensemble, se connecter l’un à l’autre, explorer ses 5 sens à deux, c’est caresser le corps de son partenaire lentement, en prenant le temps, en explorant des parties que vous n’allez pas explorer habituellement…

Une idée de pratique : mettre un timer sympa sur 20 minutes. Et pendant ce temps, honorer son partenaire, explorer tout son corps, l’embrasser, le caresser… Découvrir des zones de son anatomie qu’on délaisse habituellement dans la course à l’orgasme.

Faire autrement, c’est pratiquer le slow-sex, c’est découvrir le tantra ou le tao… C’est apprendre à connecter autrement avec son partenaire que par un rapport sexuel.

J’espère vous avoir montré quelques pistes, avoir clarifié certaines choses, avoir enfoncé quelques portes ou ouvert quelques consciences, c’est ce que j’aime le plus… 😉

Endométriose et sexualité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut